De l'enregistrement Mémoire de l’eau
Ce texte-là…
il m’est venu d’un rêve.
Mais pas un rêve comme les autres.
Un rêve qui m’a réveillé…
de l’intérieur.
Parce que des fois…
la vie fait tellement de bruit autour,
qu’on entend pu rien en dedans.
On avance,
on suit le flot,
on obéit aux directions qu’on nous trace,
pis on oublie de se demander…
si c’est vraiment ça… notre chemin.
J’avais besoin de silence.
Mais pas celui qu’on entend avec les oreilles.
Celui qui vient quand le cœur s’arrête de courir.
Et c’est là…
dans cet espace-là…
que j’ai compris quelque chose.
C’est pas juste la surface qui compte.
C’est ce qu’il y a en dessous.
Dans l’eau.
Dans nous.
Parce que même quand ça brasse,
même quand la vague s’écrase,
l’eau, elle,
elle oublie pas qui elle est.
Et moi, ce soir,
j’vous partage ce rêve-là.
Pas pour fuir le monde…
Mais pour s’en rappeler.
Paroles
Cette nuit-là…
C’était l’une des plus belles depuis longtemps.
Dernièrement…
la vie sur Terre m’étouffait.
Trop de bruit…
trop de vide en même temps.
On nous pousse dans des directions…
qui me ressemblent pas.
Des chemins tordus…
qu’on nous vend comme des évidences.
Mais moi…
au fond d’moi…
j’sens qu’y a quelque chose qui cloche.
C’est pas un hasard.
C’est voulu.
Y’a un genre de détournement discret,
mais ben calculé.
Un brouillage ben ficelé.
Mais cette nuit…
dans mon rêve,
j’étais ailleurs.
Un lieu que j’avais déjà vu…
le moment où j’suis mort…
dans une autre vie.
Un univers tranquille.
En ordre.
Silencieux, mais rempli de sens.
Un endroit où j’pouvais…
enfin…
poser mes questions.
Pourquoi la mort ?
Pourquoi c’est si soudain ?
Si rough ?
Si injuste ?
Si fucké ?
Et la réponse…
elle est pas venue en mots.
Elle est venue…
en image.
Au début…
l’eau est calme.
Un grand miroir noir…
profond…
silencieux.
Tout est fluide.
Tout est uni.
Aucune tension.
Aucun bruit.
Cette surface-là…
c’est notre monde.
C’est là qu’on prend forme.
Qu’on devient quelqu’un.
Par syntonisation…
Un mot bizarre,
mais dans mon rêve…
c’était clair net.
Mais ça reste jamais calme ben longtemps…
Des ondes se forment.
D’abord, les forces de la nature :
le vent de nos pensées,
les marées d’émotions,
les tremblements d’âme.
Pis après…
y’a l’humain qui débarque.
Un mot baveux,
comme un coup d’vent sec.
Une trahison,
comme un tremblement dans l’fond du cœur.
Une guerre, une injustice,
comme des roches qu’on garroche dans le lac du monde.
Pis des fois…
c’est pas juste des maladresses.
C’est voulu.
Des manigances,
des distractions montées de toutes pièces,
des systèmes qui nourrissent le stress,
pis l’agitation permanente.
Chaque geste,
chaque pensée,
chaque émotion humaine
crée une onde.
Y’en a qui se dissipent doucement.
D’autres grossissent,
s’enflent,
pis s’écrasent… fort.
Les peurs de masse,
les menteries répétées,
les désirs plantés dans nos têtes
par des mains qu’on voit même pas…
Ça crée des vagues constantes.
Des fois invisibles,
mais qui arrachent tout en dedans.
Pis quand ces vagues-là se rencontrent,
quand la peine pile sur la colère,
quand les illusions frappent les frustrations…
Y’a comme un court-circuit.
Des monstres naissent.
Des vagues scélérates intérieures.
Des naufrages.
Des pertes de soi.
Des âmes qui se vident… sans bruit.
Mais malgré tout ça…
l’eau…
elle se rappelle.
Elle se souvient d’qui elle est.
Elle veut revenir au calme.
Toujours.
Mais pour ça…
faut plonger.
Faut traverser la tempête.
Toucher le fond.
Pis là…
se souvenir.
On n’est pas juste des vagues.
On est aussi…
l’eau.
Cette force invisible qui nous relie.
Ce courant qu’on sent quand on se tait.
Quand on écoute.
Ce qui nous définit,
c’est pas ce qu’on voit à la surface.
C’est ce qui vit dans les profondeurs.
C’est là que se cache la paix.
Le sens.
L’origine.
Parce que même si la vague meurt…
même si elle se brise…
L’eau…
elle reste.
Elle retourne à l’unité.
Au miroir.
À la source.
Pis moi… ce matin-là… j’me suis réveillé.
Avec la mémoire de l’eau… dans le cœur.