De l'enregistrement Suite Invisible

Ajouté au panier Indisponible En rupture de stock

Suite Invisible...

Il était une fois Jean-Pierre D’Amour,

un être de musique avant même d’être un homme.
Né d’une femme artiste aux rêves suspendus,
il reçut en partage cette soif de beauté
et cette blessure douce des élans inachevés.
Elle l’aima d’un amour entier,
et lui transmit, sans le savoir,
la mission de faire chanter ce qui n’avait jamais pu l’être.

Très tôt, le piano devint son langage natal.
Sous ses mains, les notes ne se contentaient pas d’exister :
elles pensaient, elles pleuraient, elles espéraient.
Compositeur inspiré,
il cherchait moins à écrire de la musique
qu’à traduire l’invisible.
Accordéoniste virtuose, pianiste remarquable,
il devint, à force de rigueur et de passion,
l’un des musiciens les plus sensibles de son milieu à Montréal.

…mais cette sensibilité, dans le milieu de la musique, n’était pas un refuge.
Elle l’exposait, le fragilisait, le plaçait à contre-courant d’un monde
où il fallait souvent se durcir pour durer.

Mais Jean-Pierre n’était pas seulement musicien.
Il était transmetteur.
Comme professeur de musique,
il offrait plus que des notes et des techniques :
il enseignait l’attention, la rigueur douce,
la confiance en une voix intérieure souvent fragile.
À travers les autres,
il cherchait peut-être à se rappeler
que l’harmonie pouvait exister.

La vie, pourtant, se montra exigeante avec lui.
Un amour tumultueux,
un mariage qui s’effrita dans la tempête,
un divorce trop lourd pour une âme si perméable.
Puis vinrent les accidents,
les blessures répétées,
le corps mis à l’épreuve.
Il guérit,
mais il ne se retrouva jamais tout à fait.

Quelque chose alors se rompit et s’embrasa à la fois.
Il devint cet artiste sans repos,
habité par une urgence intérieure,
créant sans relâche,
même lorsque le silence aurait pu le sauver.
Sa mère resta son ancrage,
son filet invisible,
jusqu’à ce que le soutien devienne dépendance,
et que l’élan s’y dissolve.

Avec le temps,
l’esprit se referma à son tour.
La maladie traça ses frontières étroites,
enfermant un être fait pour l’infini
dans des limites cruelles.
Et pourtant,
au cœur même de cet enfermement,
sa musique intérieure ne cessa jamais de vibrer.

Aujourd’hui, Jean-Pierre est libre.
Libre du poids du corps,
libre des labyrinthes de l’esprit,
libre des combats qui l’ont épuisé.
On peut l’imaginer désormais
parmi les sphères et les étoiles,
là où les nombres, les harmoniques et la lumière
se rejoignent enfin,
composant cette mélodie universelle
qu’il cherchait obstinément
durant les dernières années de sa vie.

Frère aimé, ta route fut rude,
mais ta sensibilité ne s’est jamais éteinte.
Elle s’est simplement déplacée.

Je t’offre cette composition
comme on confie une dernière confidence au silence.
J’aime croire qu’elle t’aurait inspiré,
qu’elle aurait trouvé en toi un écho familier,
si seulement j’avais pu te la faire entendre avant.
Qu’elle soit aujourd’hui
un pont invisible entre nous,
une preuve que ta musique continue,
ailleurs, autrement,
mais toujours vivante.

Ton Frère

Paroles

Aujourd’hui,
j’ai entendu la Progression du nombre d’or
devenir musique.

Et sans prévenir,
c’est toi
qui es apparu.

toi, la barbe mal rasée, dans ta vieille robe de chambre qui sentait la cigarette,
assis devant ton ordinateur comme un alchimiste moderne,
cherchant à transformer les nombres en mélodies,
le chaos en harmonie.
Toi aussi, tu voulais unir les mathématiques et la musique,
faire dialoguer les fréquences et les formules,
comme si tu pressentais qu’elles partageaient un même souffle — celui de l’univers.
Je revois ton regard concentré, ton esprit en ébullition,
tes mains tremblantes sur ton clavier,
tes mélodies parfois dissonantes, comme des éclats d’étoiles cherchant leur orbite.
Il te manquait peut-être un repère, une équation, un souffle…
mais jamais la passion, ni la foi.
Tu avais cette conviction rare : que la beauté se cache dans les structures invisibles.
La maladie t’a ralenti, mais elle n’a jamais étouffé cette flamme.
Tu te battais pour comprendre,
pour traduire en notes ce que d’autres ne voyaient qu’en chiffres.
Et même si tu n’as pas pu achever ton œuvre,
je sais aujourd’hui que tu étais sur la bonne voie.
Tu entendais déjà, dans ton for intérieur,
ce que peu d’humains peuvent percevoir :
l’ordre caché du monde, vibrant sous chaque silence.
Je regrette d’avoir douté, parfois, de ton intuition.
Mais je sais maintenant que tu avais raison d’y croire.
Là où tu es, délivré du poids de ta maladie et les limites qu’elle t'imposait,
tu composes sûrement avec les sphères,
accordé au cœur même du cosmos.
Merci pour ton courage, ton génie, et ton mystère.
Merci d’avoir cherché, même seul, à percer le secret du Tout.
Je t’aime, mon frère.
Et un jour, moi aussi, j’écouterai ta musique.