Je t'offre mon absence...
Somebody
Voilà. On en est rendu là.
Vous savez, j’ai tout donné. Tout. Et pourtant…
Je me tiens devant cette porte entrouverte, un sac à vidanges rempli avec hâte à la main, l’ombre de mes espoirs à mes pieds. Mes doigts effleurent le bois froid du chambranle, dernier vestige de ce que j’ai tenté de construire. J’ai tendu mes mains, ouvertes, pleines de lumière. Je lui ai offert mon cœur, j’ai laissé ma peau dans ses chimères. Chaque soir, j’ai bercé ses silences, apaisé ses tempêtes. J’ai mis mes rêves sur pause, mes ambitions en silence, juste pour elle. Pour la porter, la sauver, lui prêter ma résistance.
Mais elle…
Elle a pris, pris encore, sans jamais regarder en arrière. Chaque effort, chaque sacrifice s’est évanoui dans la poussière d’un quotidien qui ne retenait rien de moi. J’étais l’ombre de son soleil, l’écho perdu dans son désert. À force de trop donner, j’ai oublié qui j’étais, où j’allais, ce que je voulais. Mes propres repères se sont désagrégés sous le poids d’un amour à sens unique.
Si tout ce que je lui ai offert ne suffit pas… alors il ne me reste qu’une chose à donner : mon absence. Pas comme une punition, non. Mais comme un dernier acte de respect envers moi-même. Une ultime preuve d’amour, non pas pour elle, mais pour moi.
J’ai cru que l’amour était un don sans mesure, mais à force de creuser, j’y ai vu ma sépulture. J’ai bâti des ponts pour traverser son chaos, mais elle les a brûlés, un à un, enfonçant ses mots comme des couteaux dans mon dos. Chaque sourire que je lui ai donné, chaque seconde volée à mes propres envies, c’était une part de moi qu’elle refusait d’aimer.
Alors j’ai compris.
Dans le silence de l’absence, dans l’espace que je laisse entre nous, il y a la seule vérité qui compte : parfois, s’éloigner est la plus grande des réponses. Ce n’est ni une faiblesse, ni une fuite. C’est un cri. Une force. Une lueur.
Je pars pour me retrouver, pour me reconstruire. Pour réapprendre à exister en dehors d’elle. Dans l’éclat d’un nouveau jour, je laisserai mon âme s’épanouir.
Mais quand je suis revenu pour récupérer ce que je n’avais pas pu emporter, je l’ai trouvé. Tout ce qu’il y avait de précieux pour moi, jeté dehors, entassé au bord de la route, mêlé à la neige et à la poussière. Comme si tout ce que j’avais été, tout ce que j’avais offert, n’avait jamais compté.
J’ai tout donné. Tout. Mais ce n’était jamais assez.
Alors, je lui offre mon absence comme un dernier baiser.
Et peut-être, un jour, dans le vide de mes bras, elle comprendra enfin ce que c’est… d’aimer quelqu’un comme moi.