Je m'appelle Sylvain D'Amour et, avant toute chose, je suis poète. Pourtant, je n'ai pas toujours été cet homme qui vit aujourd'hui à travers les mots. Il y a eu un avant, puis un après.
Pendant des années, les mots me faisaient peur. Je gardais tout à l'intérieur : mes peines, mes joies, mes colères, mes questions. Je portais un univers entier enfermé dans ma tête sans savoir comment lui donner une voix. Alors je me taisais.
Puis est survenue une expérience de mort imminente. Je ne cherche à convaincre personne de ce que j'ai vécu. Je sais seulement que je n'en suis jamais revenu le même. Quelque chose s'est ouvert en moi. Comme si l'on avait enfin déverrouillé une porte restée fermée toute une vie. Les mots que je cherchais depuis toujours se sont mis à venir naturellement.
Depuis ce jour, un phénomène continue de m'accompagner. Il m'arrive de m'endormir avec une question qui me tourmente et de me réveiller avec une réponse. Parfois cette réponse me visite dans un rêve; parfois elle est simplement là, au matin, claire et paisible, comme si mon esprit avait poursuivi son chemin pendant que mon corps dormait. Je ne prétends pas comprendre ce mystère. Je peux seulement dire qu'il a transformé ma vie.
Les mots qui m'effrayaient sont devenus ma façon de respirer. Écrire est devenu une nécessité, une manière de comprendre, de guérir, d'aimer et d'exister. Depuis, j'ai rempli des cahiers, des carnets, des feuilles volantes, des serviettes de restaurant... des milliers de pages, souvent sans savoir si quelqu'un les lirait un jour. Je n'écris pas pour impressionner. J'écris parce que je ne peux plus faire autrement.
Avec le temps, cette nécessité est devenue ma vocation. Principalement poète, artisan de mots chantés et architecte sonore, je façonne des œuvres où l'émotion devient voix, musique et matière. Formé en production musicale, j'allie la sensibilité artistique à la maîtrise technique afin de donner corps aux univers que j'entends d'abord en moi. Je ne suis pas un chanteur virtuose, et je ne l'ai jamais prétendu. Ma véritable voix réside dans ma plume, dans les histoires que je raconte et dans les émotions que je tente de transmettre. Là où ma voix possède encore ses limites, j'utilise tous les outils capables de servir cette émotion, comme autant de mains invisibles venant polir les aspérités sans jamais remplacer celui qui tient le crayon.
C'est pourquoi, lorsque certains regardent ma musique et n'y voient que deux lettres — IA — je dois avouer que cela me blesse. Ils ne voient pas les années passées à chercher le mot juste. Ils ne voient ni les milliers de pages écrites, ni les doutes, ni les cicatrices, ni le chemin parcouru. Ils ne voient pas l'homme. Ils ne voient que l'outil.
Pourtant, ce n'est pas l'intelligence artificielle qui écrit mes chansons. Les mots sont les miens. Les images sont les miennes. Les émotions sont les miennes. Les silences sont les miens. Chaque chanson porte un morceau de ma vie, pas un morceau d'ordinateur.
Une intelligence artificielle n'a jamais connu l'injustice. Elle ne sait pas ce que signifie être jugé avant même d'être entendu. Elle n'a jamais aimé, jamais pleuré, jamais ressenti cette boule dans la gorge qui donne naissance aux plus belles chansons. Elle n'a jamais espéré, ni recommencé cent fois en refusant d'abandonner un rêve. Moi, oui. Voilà pourquoi mes chansons me ressemblent : parce qu'elles sont nées de mon vécu.
Oui, j'utilise l'intelligence artificielle. Et je ne m'en cache pas. Pourquoi le ferais-je? Je ne l'utilise pas pour écrire mes chansons. Je l'utilise pour réaliser ce que j'ai toujours poursuivi : faire en sorte que la musique ressente exactement la même chose que mes mots.
Pour moi, les paroles et la musique ne sont pas deux disciplines distinctes. Elles parlent deux langues différentes, mais racontent la même histoire. Les mots donnent un sens à l'émotion. La musique lui donne une voix. Les mots touchent l'esprit. La musique atteint le cœur. Lorsqu'elles avancent ensemble, elles ne deviennent plus qu'une seule émotion.
Lorsque j'écris un texte, j'entends déjà une couleur, une lumière, une orchestration. Je sais instinctivement si cette histoire demande le murmure d'un piano, la chaleur d'un violoncelle, la fragilité d'une guitare acoustique ou la puissance d'un orchestre. Pendant des années, cet univers est demeuré prisonnier de mon imagination. Aujourd'hui, je peux enfin lui donner une voix.
L'intelligence artificielle me permet d'explorer, d'essayer, de comparer, de recommencer, de transformer une harmonie, un rythme ou une orchestration jusqu'à ce que la musique respire exactement comme mes paroles. Ce n'est pas la machine qui crée cette émotion; c'est moi qui la cherche. Elle ne fait que m'aider à la révéler.
Elle m'offre un orchestre que je n'aurais jamais eu les moyens d'engager. Un studio que je n'aurais jamais pu me payer. Des possibilités autrefois réservées aux grandes maisons de disques. Mais jamais elle ne décide de ce que j'ai à dire. Jamais elle ne remplace mon vécu. Jamais elle ne remplace ma plume. C'est moi qui choisis chaque mot, chaque image, chaque émotion, chaque silence. C'est moi qui réécris un texte dix fois parce qu'un seul mot sonne faux. C'est aussi moi qui recommence une orchestration vingt fois jusqu'à ce que la musique raconte exactement ce que disent mes paroles.
L'intelligence artificielle ne remplace pas mon imagination; elle lui donne des ailes. Elle ne remplace pas mon cœur; elle lui donne les moyens de se faire entendre. Elle ne raconte pas mon histoire; elle m'aide simplement à la raconter avec toute l'émotion que j'avais toujours rêvé d'entendre. Sans ma sensibilité, sans mes idées, sans mon vécu, sans ma plume, elle ne crée rien qui me ressemble.
Une chanson ne naît pas d'un logiciel. Elle naît lorsqu'un être humain transforme son vécu en mots, puis cherche la musique capable de leur donner un souffle.
Pendant des décennies, les grandes maisons de disques avaient accès aux meilleurs studios, aux meilleurs musiciens et aux meilleurs réalisateurs. Les artistes indépendants, eux, n'avaient souvent que leurs rêves. Aujourd'hui, la technologie remet un peu les cartes sur la table. Pourtant, certains voudraient encore que je porte une étiquette simplement parce que j'utilise un nouvel outil.
Alors soyons cohérents. Étiquetons aussi les synthétiseurs, les logiciels d'enregistrement, les banques de sons, les effets numériques, les correcteurs de voix et toute la chaîne de création. Ou alors cessons de juger les outils et recommençons à écouter les œuvres.
Je ne demande pas qu'on aime mes chansons. Je demande seulement qu'on les écoute avant de les condamner. Qu'on entende l'homme avant de juger la technologie. Car si une de mes chansons vous touche, ce n'est pas grâce à l'intelligence artificielle. C'est parce qu'un être humain y a déposé ses blessures, ses doutes, ses rêves, son espérance et son âme.
Je ne prétends pas que l'intelligence artificielle est l'avenir de la musique. Je prétends seulement que la liberté de créer doit demeurer l'avenir de l'art. Une œuvre ne devrait jamais être jugée selon l'outil qui l'a aidée à naître, mais selon ce qu'elle fait ressentir.
Quant à moi, je continuerai d'écrire avec mon cœur. Je continuerai d'écouter ces réponses qui viennent parfois jusqu'à moi dans mes rêves. Je continuerai de chercher les mots qui donnent un sens à la vie. Et je continuerai d'utiliser tous les outils qui me permettront de donner une voix à ce que mon âme porte depuis toujours.
Parce que la poésie n'est pas dans la machine.
Elle est dans l'être humain qui ose se raconter.
L'intelligence artificielle n'écrit pas ma vie.
Elle me donne simplement les moyens de faire entendre ce que mon cœur savait déjà chanter.
Si vous ne retenez qu'une seule chose de ce texte, retenez celle-ci : avant l'intelligence artificielle, il y a toujours un être humain. Écoutez son histoire avant de juger l'outil qu'il a choisi pour la raconter.
— Sylvain D'Amour
Poète. Auteur. Compositeur. Producteur. Architecte sonore.